Regards sur le Brexit

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« Cette affaire du Brexit est très liée à la psychologie britannique. Les Britanniques n’ont jamais été convaincus de l’intérêt de l’Union européenne. »

Valery Giscard D’Estaing

Plus de 2 ans après l’expression par les urnes du peuple britannique, rien n’est réglé de la sortie du pays d’Outre-Manche et la date butoir du 29 mars semble plus incertaine que jamais. Entre les difficultés politiques, géographiques, économiques et sociales, les projets d’accords fondent comme neige au soleil.

Loin de nous essayer à fournir une explication à la crise ou des éclairages géopolitiques à cette épineuse question, nous avons voulu vous livrer les regards des différents membres de l’équipe de Pack. sur cette affaire, en lien avec nos appétences respectives.

Vous trouverez abordé le Brexit sous l’angle des opportunités qu’il génèrent mais aussi du catastrophisme qu’il suscite. Vient ensuite la thématique de la culture en cas de sortie de l’UE. Nous terminerons par une vision plus économique avec l’impact du Brexit sur l’environnement start’up.

Nous espérons que cette lecture, en plus de vous plaire, vous apportera un éclairage atypique.

Le Brexit à Westminster – KAK (France), L’opinion 

Brexit & Start'up :

Par Farouk Bounou, consultant chez Pack.

Londres n’est pas seulement connue pour sa famille royale ! Classée première dans le European Digital City Index la ville a aussi un écosystème start-up déjà bien développé. Elle est même considérée comme la capitale technologique de l’Europe avec des start-up célèbres comme la solution de transfert d’argent TransferWise, la néo-banque Revolut ou encore Deliveroo, la plateforme de livraison à domicile. En atteste également le montant des fonds investis dans les start-up en capital risque : 

Selon des chiffres dévoilés par  London & Partners, l’organisme de promotion de la capitale britannique, quelques 1,8  milliard de livres (soit 2 milliards d’eurosont ainsi été investis dans les start-up  à Londres l’an dernier. C’est plus que Berlin (963 millions de livres) et Paris (797 millions de livres) réunis. 

N26 et Revolut – Des néo-banques européennes

La première est une fintech britannique, la seconde est berlinoise. Toutes deux font partie du groupe des néo-banques, ces banques entièrement numériques, gérées via une application mobile et qui offrent des services de plus en plus vastes (compte, assurance, crypto-monnaies …). Coté valorisation, la première est valorisée $1,7 milliards, la seconde $2,7 milliards.

Dans le cas d’un No-Deal la banque britannique devra transférer ses clients européens vers une filiale hors du sol britannique. La néo-banque venant par ailleurs d’acquérir une licence bancaire via la banque de Lituanie, lui permettant d’opérer en tant que banque dans l’ensemble de l’UE et de bénéficier des garanties liées.

Mais avec l’incertitude entourant le Brexit, c’est également les ressources humaines qui s’inquiètent. En effet, en fonction de la dureté de la politique d’immigration post-Brexit, les entreprises pourraient avoir du mal à attirer les talents dont elles ont besoin et à les faire entrer dans le pays. Aujourd’hui, Londres ne compte pas moins de 31% d’employés étrangers dans les start-up technologiques selon un rapport de l’Institute of Public Policy ResearchSelon le même rapport les start-up ont actuellement trois préoccupations principales à propos du Brexit : L’incertitude qu’il a engendrée autour de la rétention et du recrutement des talents, la possibilité d’une divergence réglementaire, et enfin, l’avenir de l’accès au financement.  

Si le Royaume-Uni devient moins accueillant pour les travailleurs étrangers, les entreprises auront du mal à trouver les compétences dont elles ont besoin pour rester compétitives, ce qui pourrait les inciter à envisager de déménager. Afin de rester compétitive après le Brexit, Londres devra donc élargir ses horizons et rechercher de nouveaux investisseurs et marchés pour ses entreprisesSerait-il maintenant possible que les succès accumulés et l’élan de Paris puissent faire perdre à Londres son statut de centre européen de premier plan pour l’écosystème technologique ? La question reste en suspens. 

En effet, la France est la deuxième source d’investissements étrangers à Londres et les entreprises tricolores ont créé plus de 7000 emplois dans la ville en cinq ans. Selon Roxane Varza, directrice de la Station F, plans grand incubateur au monde, plus de 2 300 startup de plus de 50 pays ont postulé au programme Founders. Cette dernière a également déclaré que la plupart des applications provenaient des États-Unis et du Royaume-Uni. L’application de rencontre Once, jusqu’ici basée à Londres a franchi le pas et déménagé dans la capitale francaise en septembre 2017.  

Reza Malekzadeh, entrepreneur français et partenaire de la société de capital-risque Partech Ventures, couvre la French Tech à San Francisco.  Dans son interview, Il voit de nombreuses entreprises implanter leurs activités de R&D en France, du laboratoire d’intelligence artificielle de Facebook à Paris aux activités de R&D de Google et d’Hyperloop à Toulouse. Malekzadeh souligne que l’infrastructure et la qualité de l’éducation en France sont ses deux atouts les plus importants. Mais Paris doit encore travailler à construire un ecosytème startup plus sain en permettant une souplesse règlementaire et en facilitant la mobilité de talents.

Brexit & Innovation :

Par Kevin Lepetit, associé chez Pack.

Airbus et le Brexit

Avec le Brexit, les conglomérats européens pourraient également perdre des plumes, dont sur la partie R&D.

Du côté d’Airbus, son président, Tom Enders, a publié récemment un message vidéo dans lequel il menace de quitter le royaume uni en cas de Hard Brexit. Ce départ pourrait avoir un véritable impact sur l’industrie de la recherche d’outre-manche. En effet le groupe dispose au Royaume Uni de plusieurs usines et centres de R&D où il emploie plus de 14 000 personnes. Le conglomérat y est également très présent dans l’aérospatial.

Une première question à se poser au sujet de la recherche et du développement est celle de sa protection, et notamment via les brevets. 

Le Brexit ne devrait pas avoir d’effets sur les dépôts de brevets, le gouvernement britannique ayant annoncé en avril 2018 la ratification de l’Accord sur la juridication unifiée du brevet, permettant à un brevet d’être valable dans l’ensemble des pays ayant ratifié l’accord (sans avoir à passer par des traductions, procédures pays par pays etc.).

Un autre sujet est celui du financement. En la matière, l’Europe s’est dotée en matière de recherche d’un plan à 6 ans, Horizon 2020, programme pour la 

recherche et le développement pour la période 2014-2020. Quoi qu’il arrive le 30 Mars, il est prévu que le Royaume-Uni pourra participer aux projets en cours et bénéficier de financement dans les mêmes conditions. L’effet Brexit se fera donc plutôt sentir dans le cadre du nouveau plan de recherche et développement.

Enfin, une question cruciale est celle des ressources humaines liées à la recherche. A court terme, c’est là que le Brexit se fera sentir le plus, comme pour le reste de l’économie britannique. Il sera en effet plus compliqué de garder les chercheurs issus de l’immigration et d’attirer de nouveaux talents. Le tiers de la recherche & développement étant publique, la délocalisation ne sera pas une option, la recherche au Royaume-Uni devra donc trouver d’autres moyens d’attirer des talents.

Brexit & Culture :

Par Clémence Mayolle, associée chez Pack.

Game of Thrones, une série européenne

Au grès des saisons et des intrigues, la désormais célèbre série HBO nous emmène de Mdina à Malte à Dubrovnick en Croatie et même en Andalousie pour les scènes ensoleillées. Pour le tournage dans les territoires plus au nord, c’est en majorité l’Irlande du Nord qui est désignée, avec des tournages dans les petits villages de Moneyglass (Winterfell dans la série) ou de Cairncastle par exemple.

La série, désormais culte, Game of Thrones ne ressemblerait pas à ce qu’elle est sans l’Europe et son soutien à la culture. En effet, des scènes cultes sont tournées en Irlande, ce qui a permis notamment aux producteurs de décrocher nombre de subventions (et aux territoires de développer leur activité économique). 

Et ceci est valable pour nombre de créations artistiques : le secteur culturel britannique devra désormais se passer de subventions européennes.

Enfin, le spectacle vivant va être fortement impacté par le divorce Royaume-Uni / Europe. 

A l’avenir, les artistes européens, qu’ils viennent pour un lever de rideau, un festival ou une tournée devront faire des demandes de visa individuels, payer ces visas et passer des heures à remplir ces papiers. 

Des orchestres britanniques ont d’ailleurs rejoint le continent afin d’anticiper les restrictions de liberté de circulation entre la Grande Bretagne et le continent.

Évidemment, cet impact sur la culture se déverse sur le tourisme et sur cette tendance nommée set-jetting (cf. exemple de cette carte) qui consiste à programmer ses voyages en fonction de ses films et séries préférés. Selon une étude de Tourism Competitive Intelligence, en 2012, 40 millions de touristes ont sélectionné leur destination de villégiature parce qu’un tournage avait eu lieu à cet endroit. Un des derniers exemples en date est celui de la petite île de Skellig Michael, au sud-ouest de l’Irlande qui explose tous les records grâce à Star Wars.

Brexit & Catastrophisme :

Par Pierre-Arnaud Sarda, associé chez Pack.

Photo by Rakicevic Nenad from Pexels

Catastrophisme

L’actualité du Brexit peut pousser inexorablement vers le catastrophisme. Mais finalement, quels sont les impacts sur l’Entreprise ?

Le catastrophisme est une attitude pessimiste qui prévoit le pire. Il y a dans cette définition une notion de temporalité qui est centrale pour l’entreprise. Pour comprendre l’entreprise, nous pouvons utiliser l’image de l’avion en papier.

Vous avez décidé de construire un avion en papier. Vous allez vous attacher à rendre cet avion le plus équilibré possible avec la meilleure pénétration dans l’air, une parfaite répartition des masses, une capacité à planer le plus longtemps possible. 

Ensuite, vous allez le lancer pour qu’il prenne son envol. Vous allez pour cela imaginer le meilleur mouvement pour lui donner la meilleure trajectoire de vol. Ainsi, votre avion de papier va planer en utilisant le meilleur de la mécanique des fluides. Mais que va-t-il se passer de manière inéluctable ? A un moment, de manière certaine, il va retomber au sol. La catastrophe est que l’avion tombe au sol, le catastrophisme est le fait de savoir à l’avance qu’il va tomber et de ne rien faire pour que cela change. Vous devez donc penser à « comment redonner une dynamique pour qu’il poursuive son vol ?» Quelles actions je dois mener pour redonner un « second souffle » au vol plané de l’avion ? Il y a donc deux notions temporelles : Le court terme pour la fabrication de l’avion, de son envol ET le moyen/long terme pour assurer qu’il poursuive son vol plané.

Ma conviction, c’est que pour l’entreprise, c’est exactement la même chose.

Une entreprise est pensée pour être rentable dans la durée (en tout cas, c’est ce qui devrait être la norme), faire de la croissance en pensant ses Produits et Services les plus adaptés possibles au marché. Lorsque nous intervenons auprès des dirigeants, nous utilisons une méthode qui se repose sur la représentation de l’entreprise selon trois axes.

  • Produit & Service
  • Relation client
  • Organisation

Ces trois axes doivent être les plus équilibrés possible pour permettre à l’entreprise de bien fonctionner au quotidien. D’ailleurs, maintenir cet équilibre peut nécessiter beaucoup d’énergie pour l’équipe dirigeante. Cette énergie dépensée pour maintenir l’équilibre peut être au détriment de l’expression d’une vision pour le moyen/long terme. Cette vision étant le point central de toute stratégie d’entreprise ensuite.

Il est alors nécessaire de se projeter dans une vision, assortie d’objectifs, qui pourra alors mener à une stratégie (Somme de plans d’actions selon les trois axes Produit/Service, Relation Client, Organisation). C’est à ce moment précis, que dans les moyens de mise en œuvre nous pouvons nous poser la question du Digital en répondant à la question : « Comment le Digital me permet de mieux faire, sur chacun des axes. ». A l’exception des pure player, la stratégie digitale est un sous-ensemble de la stratégie de l’entreprise. Une entreprise qui n’est pas au clair sur sa stratégie de croissance ne pourra planer qu’un certain temps, mais de manière inéluctable, se posera plus ou moins doucement au sol.

On parle alors de Catastrophe pour l’entreprise.

Le catastrophisme est le fait de savoir qu’en restant la tête dans le guidon, l’entreprise court à sa décroissance et de ne rien faire pour changer les choses. Ainsi, à l’identique de l’avion, l’entreprise doit être en capacité de gérer cette double temporalité court terme par le maintien de l’équilibre, et moyen/long terme par la mise en œuvre d’une vision stratégique pour impulser la croissance, chercher de nouveaux territoires de croissance etc…

Le Brexit est donc un paramètre pour l’entreprise, tout comme le vent l’est pour l’avion de papier. Il faut  « « « juste » » » en tenir compte pour bâtir sa stratégie de croissance et faire voler au mieux son entreprise dans ce nouveau modèle.

Brexit & Opportunités :

Par Pascal Ruscica, associé chez Pack.

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A mesure que l’échéance de la sortie de la Grande-Bretagne approche (ou pas), les inconnues se multiplient, les doutes s’installent et finalement bon nombre d’entreprises continuent d’adopter une attitude attentiste.

Il ne s’agit pas ici de se prononcer pour ou contre le Brexit. Vous l’aurez compris, les peuples sont souverains et décident ensemble de leur destin. Mais il apparait toutefois intéressant de se poser la question de la contrainte, ou de la décision imposée voire subie, et de la façon dont nous devons y faire face.

Et notre réponse est claire : toute nouvelle contrainte doit être appréhendée comme une nouvelle opportunité.

D’aucuns diront que cette posture est facile à exprimer dans un article de newsletter, et qu’il est en revanche beaucoup plus difficile de la mettre en œuvre. Et nous en convenons. Mais nous sommes néanmoins convaincus que le point de départ d’une telle démarche trouve son origine dans la capacité constante à se remettre en question, à challenger ou faire challenger ses postulats et à exprimer l’envie d’avancer. C’est un véritable état d’esprit d’entrepreneur (ou entrepreneur mindset comme le diraient nos amis outre-Manche) qui doit être déployé ici.

Dès lors que cet état d’esprit fera partie de vous et sera devenu votre ADN, alors le champ des possibles vous sera ouvert. Et il en va de même dans un contexte plus personnel, et sur ce point nous vous demandons de croire en l’expérience du rédacteur ! Nous ne voyons plus les évènements de la même manière avec les yeux de l’optimiste – pour ne pas dire opportuniste dont la connotation et le sens sont plus ambigus.

Il existe un dicton qui dit « un pessimiste est un optimiste bien informé » et notre première réaction est de sourire en disant « c’est pas faux ! », pour faire référence là encore à nos amis grands-bretons et à Perceval, légendaire chevalier arthurien de la table ronde télévisuelle.  En ce qui nous concerne, nous lui préférons Winston Churchill qui dit “Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté.”

En définitive, il ne s’agit pas de ne pas voir le côté négatif des choses, mais bel et bien de ne pas s’attarder dessus. Dès lors utilisons le Brexit comme un prétexte au changement et à la transformation.

« Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté.« 

Winston Churchill

Pour finir…

Cette histoire pourrait avoir un goût amer tant pour nos amis d’outre-manche que pour le reste de l’Union Européenne. Comme évoqué plus haut, nous préférons mettre en avant l’opportunité d’adaptation qu’elle fournit, que ce soit pour l’Europe, qui doit apprendre à se réformer et à (re)trouver un sens à son existence, tant pour ses élites, qui doivent tirer des leçons de cet échec.

Si vous voulez aller plus loin sur la question, et particulièrement sur un point de vue économique, nous vous recommandons cet article des économistes Catherine Mathieu et Henri Sterdyniak de l’OFCE.

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